Actualité à la Hune

CHAMPIONNATS DU MONDE DE VOILE OLYMPIQUE

Des Bleus puissance sept !

Très attendue à Aarhus (Danemark), l’équipe de France de voile a brillé lors des championnats du monde qualificatifs pour les JO de Tokyo, et qui regroupaient comme tous les quatre ans, les dix séries olympiques – plus le kite, invité cette année. Soit quelque 1 400 athlètes issus de 90 nations. Elle a qualifié sept séries sur dix et remporté quatre médailles auxquelles il faut ajouter trois en kite. Au total ça fait sept, ce qui permet à la France de terminer première nation. Chapeau !
  • Publié le : 13/08/2018 - 15:48

Kevin Péponnet et Jéremie MionLors de la Medal Race, Kevin Péponnet et Jéremie Mion croisent loin devant les Suédois, pourtant favoris. Dans quelques minutes ils seront sacrés champions du monde !Photo @ Sailing Energy/World Sailing
«Si l’on parvient à qualifier huit séries sur dix et ramener deux ou trois médailles, le bilan sera plus que positif » nous disait Guillaume Chiellino, le directeur de l’équipe de France, à son arrivée à Aarhus il y a deux semaines. Si les Français n’ont qualifié «que» sept séries, ce qui est déjà une belle performance en soi, avec quatre médailles – l’or pour Kevin Péponnet Jérémie Mion en 470, l’argent pour Mathieu Frei/Noé Delpech en 49er et Charline Picon en RS :X, et enfin le bronze pour Louis Giard en RS :X – les Bleus terminent seconde nation (pour ce qui est des séries olympiques) derrière des Pays-Bas épatants grâce à leurs trois médailles d’or, deux d’argent et une de bronze. Et si les Britanniques sont les seuls au monde à avoir pu qualifier les dix séries, ils n’obtiennent «que» deux médailles de bronze en 470 féminin et 49er FX… ce qui est bien loin de leurs ambitions et de ce qu’ils ont démontré lors des trois dernières olympiades. L’actuelle meilleure nation olympique a perdu du terrain, mais n’est pas la seule. Les Australiens, les Chinois, les Américains et dans une moindre mesure et les Néo-Zélandais – ces derniers repartant bredouilles d’Aarhus – voient émerger à nouveau des Italiens, les Belges ou les Espagnols. Dopés par leurs JO, les Japonais sont en forme olympique… grâce au 470 !

Un plan d’eau complexe

Il fallait être à la fois patient opportuniste et polyvalent à Aarhus. Patient car il y a eu beaucoup d’heures d’attente sur les neuf ronds malgré une météo plutôt complice, car les horaires des manches étaient aussi sujets au passage des NGV (Navires à Grande Vitesse) et autres bâtiments de commerce dans le chenal interdit à la navigation. Opportunistes, car sur ce plan d’eau fermé et sous l’effet des dépressions atlantiques d’Ouest-Sud-Ouest ou alors des brises thermiques d’Est, le vent systématiquement de terre était donc forcément oscillant, sans parler des écarts de température de plus de 10 °C d’un jour sur l’autre. Comme disent les régatiers, le vent était «hyper shifty» ! On a vu des bascules de près de 20 degrés lors de manches décisives, mais globalement les comités de course ont été très pros et réactifs. Polyvalents enfin, car il y a eu de la pétole, du médium de la brise, tout ça avec un clapot court… sans parler du courant omniprésent.

Louis GiardImpeccable Louis Giard, toujours là lors des grands rendez-vous.Photo @ Sailing Energy/World Sailing
Des Bleus au taquet !

Cela faisait 19 ans (depuis le titre mondial de Benoît Petit et Jean-François Cuzon à Melbourne) que l’on attendait ça, sur le seul voilier olympique français encore en lice aux JO et dessiné par André Cornu en 1962. Eh bien, Kevin Péponnet et Jérémie Mion l’on fait après un parcours remarquable de régularité, et une Medal Race du tonnerre dans laquelle ils ont mis à terre les Suédois Dahlberg et Bergström, en tête depuis le premier jour, et que l’on ne voyait pas ailleurs que sur la plus haute marche du podium. Complètement passés à côté de leur manche, les champions d’Europe en titre et vice-champions du monde faisaient peine à voir, dépités, assis au fond de leur «quat’sept». On a évidemment du mal à ne pas évoquer Thierry, l’oncle de Kevin, champion du monde en 1986 puis champion olympique deux ans plus tard à Séoul avec Luc Pillot ! C’est certes facile à dire, mais «Képon», dont le père Daniel a quand même été vice-champion du monde, et l’incroyable Mion ont clairement les atouts pour le faire.

Noé Delpech et Mathieu FreiLa joie de Noé Delpech et Mathieu Frei (de g. à dr.) après leur titre de vice-champions du monde.Photo @ Sailing Energy/World Sailing
L’énorme coup de Frei et Delpech !

Mathieu Frei et Noé Delpech eux, se sont fait oublier toute la semaine, naviguant autour de la 15e place quand les jeunes Lucas Rual et Émile Amoros, grands espoirs du 49er, menaient avec brio et autorité… avant de perdre leur tunique jaune après une journée «cata». Mais la veille de la Medal Race dans la brise, Frei et Delpech, qui ont appris la voile en Nouvelle-Calédonie et à La Réunion, sont sortis du bois pour se qualifier en 4e position. La suite est un peu un conte de fées. Lors de cette fameuse Medal Race, appliqués et «sur un nuage», ils ont atomisé leurs adversaires, les déposant un à un. Grâce à une ultime risée opportunément négociée, ils ont gagné cette dernière manche avec les points comptant double et remporté le premier titre de vice-champion du monde français en 49er ! Difficile d’occulter pour autant la victoire des Croates Fantela. Champion olympique à Rio en 470, Šime a décidé de passer en 49er avec son frère. En moins de deux ans, il est déjà au sommet… avec comme coach un certain Stéphane Christidis, ancien de l’équipe de France. Vivement le retour des Kiwis Burling et Blair, histoire de voir si la vielle Europe a cette fois rattrapé son retard sur les «dieux du Fourty ».

Charline PiconTout est dit ou presque dans cette image de Charline Picon !Photo @ Sailing Energy/World Sailing
Charline est bien de retour !

Après la razzia tricolore à Hyères puis Marseille, on rêvait d’un podium 100 % français en planche à voile pour Pierre Le Coq, Thomas Goyard et Louis Giard. Le premier est malheureusement totalement passé à côté de son championnat (16e) – ce qui ne lui ressemble pas mais peut arriver même aux meilleurs. Le second (11e) a échoué au pied de la Medal Race. Heureusement, le troisième larron, Louis Giard, a remarquablement géré sa course. Troisième avant le départ comme au final, il a parfaitement contrôlé le Britannique, le Polonais et le Grec en lice pour la même médaille. Et Charline Picon ? La championne olympique de Rio a repris la haute compétition à Hyères seulement cette année, après une longue interruption et la naissance de sa fille. Elle estimait que finir dans le top 10 serait déjà parfait. Mais forte d’une glisse toujours aussi magique et de ce mental inoxydable, elle a grignoté des places toute la semaine pour finir en trombe, asséner une vraie leçon de régate lors de la Medal Race, et accrocher ce titre de vice-championne du monde quatre ans après sa victoire à Santander. Lou, sa petite fille, était sur place, et quand Charline rangeait sa planche, elle passait en «mode maman», reconnaissant que «c’est parfois un peu compliqué mais apporte de bonnes vibrations !» Seule la Néerlandaise Lilian de Geus, vainqueur avant même la Medal Race était (encore) un ton au dessus… Après quelques jours de vacances, l’équipe de France va se remettre en mode régate, cette fois à Enoshima, sur le plan d’eau des prochains JO, et pour la première épreuve de coupe du monde 2018-2019 en septembre. Quant aux trois séries non encore qualifiées pour Tokyo (49er FX, Nacra 17 et Finn), la prochaine épreuve de sélection aura lieu lors des championnats du monde 2019. Avec le retour du tandem Besson/Riou en Nacra 17, la montée en puissance du duo Sebesi/Dubois en 49er FX et le métier de Lobert en Finn (il a démâté lors de la dernière manche alors qu’il était virtuellement 3e), ces trois séries devraient forcément être à Tokyo.

Enfin, impossible de ne pas citer Nicolas Parlier, à nouveau champion du monde de kite, tout comme Maxime Nocher et Alexia Fancelli en bronze ! Vivement Marseille en 2024 où le kite devrait (normalement) être discipline olympique !

Nicolas ParlierNicolas Parlier champion du monde en kite… Ça semble tellement facile !Photo @ Sailing Energy/World Sailing
 


 

Les résultats des Français :

470 hommes : 1ers : Kevin Péponnet-Jéremie Mion (série qualifiée pour Tokyo)

470 femmes : 4es : Camille Lecointre-Aloïse Retornaz (série qualifiée pour Tokyo)

49er : 2es : Mathieu Frei-Noé Delpech (série qualifiée pour Tokyo)

49er FX : 13es : Lili Sebesi-Albane Dubois (série non encore qualifiée pour Tokyo)

Laser : 9e : Jean-Baptise Bernaz (série qualifiée pour Tokyo)

Laser Radial : 19e : Mathilde Kerangat (série qualifiée pour Tokyo)

Finn : 14e : Jonathan Lobert (série non encore qualifiée pour Tokyo)

RS:X hommes : 3e : Louis Giard (série qualifiée pour Tokyo)

RS:X femmes : 2e : Charline Picon (série qualifiée pour Tokyo)

Nacra 17 : 20 : Moana Vaireaux Amélie Riou (série non encore qualifiée pour Tokyo)

 


 

Résultats complets : https://aarhus2018.sailing.org/results