Actualité à la Hune

Projet «Eco40» pour un tour du monde écolo

Matteo Miceli : «Ce serait comme inventer le mouvement perpétuel»

  • Publié le : 28/06/2014 - 00:01

Eco40Le Class 40 Eco40 est un proto construit par Matteo Miceli lui-même, aux Chantiers Navals D’Este à Fiumicino (Rome).Photo @ Toni Costa

Matteo MiceliMatteo Miceli, né à Ostia (Rome) en 1970, est un navigateur italien passionné de défis sportifs. Déjà détenteur de deux records mondiaux, Matteo s’élancera en octobre à bord du Class 40 Eco 40 pour un tour du monde écolo et en autonomie. Photo @ Carlo Borlenghi Accent romain, grand sourire, yeux étincelants, un ciré comme seconde peau et des mains toujours occupées à bricoler : tel est Matteo Miceli qui s’élancera de Rome, en octobre, pour un tour du monde écolo.

Matteo Miceli a vu le jour en 1970, dans une famille passionnée de mer et de voile et, dès sa plus tendre enfance, passe plus de temps sur l’eau qu’à terre, d’abord sur les Flying Junior, puis sur une planche à voile avec laquelle il sillonne la Méditerranée.
Matteo se prend ainsi vite au jeu des défis sportifs. En deux ans, il parvient à décrocher deux records mondiaux : en 2005, une traversée de l’Atlantique entre Dakar et la Guadeloupe en 13 jours, 13 heures et 50 minutes – record amélioré de deux jours en 2011 par les Français Pierre-Yves Moreau et Benoît Lequin – à bord de Biondina Nera, un catamaran non habitable de 20 pieds, avec Andrea Ganci ; et en 2007, toujours à bord de Biondina Nera mais cette fois-ci en solitaire, Matteo met 14 jours, 17 heures et 52 minutes pour rallier la Guadeloupe depuis les Canaries.

Aujourd’hui, c’est un tour du monde sans escale, au départ et à l’arrivée de Rome, sur Eco40, un Class 40 qu’il a construit de ses mains aux Cantieri Navali d’Este à Fiumicino – chantier qu’il codirige après y avoir commencé sa carrière en tant qu’ouvrier – que Mateo prépare… Un tour du monde en solo et écolo : deux poules lui tiendront compagnie et lui fourniront tous les jours des œufs ! En attendant le départ, prévu pour octobre, rigueur et bonne humeur dictent sa conduite à Matteo qui s’entraine depuis quelques mois en participant aux grandes régates méditerranéennes. Voiles et Voiliers l’a rencontré entre deux compétitions.

 

voilesetvoiliers.com : Matteo, quand ton projet d’Eco40 a-t-il vu le jour ?
Arrivée de Biondina Nera en Guadeloupe14 jours, 17 heures et 52 minutes, tel est le record établi en 2007 par Matteo pour rallier la Guadeloupe depuis les Canaries, à bord d’un cata non habitable de 6 mètres. Photo @ D.R. Collection Matteo MiceliMatteo Miceli : Le projet Eco40 est né en 2007, quand je suis rentré en Italie après mon record en solo à bord de Biondina Nera. Je vis de rêves et de défis. Aussi ai-je pensé que la prochaine étape pourrait être un tour du monde ! Ma motivation est la même que celle qui me pousse à faire ce que je fais tous les jours, à savoir la passion et l’enthousiasme. Je suis né et j’ai grandi au contact avec la mer, j’ai commencé à naviguer quand j’étais gamin avec mon père, à Ostia, près de Rome… Et je n’ai jamais arrêté ! Je voudrais que le projet Eco40 puisse un jour devenir une réalité dans le monde de la voile en Méditerranée. Peut-être qu’il y aura un jour une régate pour les Class 40 en solo autour du monde, sans escale, de Rome à Rome. Mon tour du monde se fera en complète autonomie, énergétique et alimentaire. Pourquoi ne pas essayer de démontrer que nous pouvons vivre en autonomie, sans polluer, sans laisser de traces de notre passage, en respectant notre planète et la nature merveilleuse qui nous ont été offertes ? A bord de Eco40, il y aura un potager bio et deux poules qui pondront des œufs, le gros de mon alimentation du bord, avec la pêche.

Biondina NeraEn 2007, Matteo établit le record de traversée de l’Atlantique en solo, à bord du catamaran de 6 mètres non habitable, Biondina Nera.Photo @ D.R. Collection Matteo Miceli

v&v.com : Tu as un passé de défis sportifs très exigeants. Vois-tu des points communs entre tes records à bord de Biondina Nera et le tour du monde avec Eco40 ?
M.M. :
À mon avis, il n’y a guère de comparaison possible, si ce n’est la passion et l’enthousiasme que j’y ai mis et que je vais y mettre. Tous mes projets sont liés par l’envie d’essayer de nouvelles choses et de prendre du plaisir avec ce que j’aime le plus et que je sais faire le mieux : naviguer. Eco40 est un bateau très performant et je certifierai le temps de parcours, en espérant que quelqu’un relèvera le défi.

v&v.com : Tu viens de dire que Eco40 sera autonome sur le plan énergétique. Vas-tu expérimenter des techniques nouvelles à bord ?
M.M. :
Mon bateau est déjà complètement équipé avec des technologies énergétiques de dernière génération. J’ai à bord 12m2 de panneaux solaires, deux éoliennes, un hydrogénérateur avec des batteries au lithium et un moteur électrique. Grâce à une collaboration avec les universités de Rome et de l’Aquila, je réaliserai pendant mon tour du monde des mesures pour l’étude des vagues, la température et la composition de l’eau. Le projet Eco40 sera donc aussi un test sur la collecte des données nécessaires à l’avancement des recherches scientifiques.

Class 40 "écolo"Eco40 est équipé avec des technologies énergétiques de dernière génération : 12 m2 de panneaux solaires, deux éoliennes, un hydrogénérateur avec des batteries au lithium et un moteur électrique. Photo @ Toni Costa

v&v.com : En ce qui concerne l’autonomie alimentaire à bord d’Eco40, tu auras donc un potager, des poules et le produit de ta pêche. Emporteras-tu des provisions au départ ?
M.M. : Oui, je vais m’organiser en préparant des sacs d’urgence sous vide avec des plats journaliers : fruits secs, riz déshydraté et boîtes de conserves. Avant de partir ces sacs seront comptés et plombés. A l’arrivée on verra donc si mes poules – la blonde et la brune – ont fait leur devoir… Ainsi que le dessalinateur, le potager et surtout la pêche qui devront faire tout le reste! Tout le monde était sceptique au début sur mes poules, mais depuis déjà 40 jours qu’elles sont à bord, elles ont systématiquement pondu un œuf le matin, même après une longue nuit de près à plus de 50 nœuds ! Réussir à faire un tour du monde sans une goutte de combustible et sans nourriture achetée, ce serait vraiment bien… Ce serait comme avoir inventé le mouvement perpétuel ! Si ça marche, je vais continuer à naviguer ainsi, peut-être sans plus chercher de record, mais en m’arrêtant dans les mouillages pour y échanger mes poissons, mes œufs et mes petites salades contre d’autres denrées! Dans ce cas-là, je devrai juste amener avec moi un parapente électrique pour voir du haut les îles magnifiques où je ferai escale.

Roma Ocean WorldEn octobre 2014, Matteo partira de Rome à bord d’Eco 40, avec l’objectif d’y rentrer après avoir fait un tour du monde en solo et en autonomie énergétique et alimentaire. Photo @ D.R. v&v.com : Quels sont les objectifs sportifs et scientifiques du tour du monde d’Eco40 ?
M.M. : L’objectif sportif, c’est de terminer le tour en réalisant le meilleur temps possible. L’objectif scientifique… C’est de faire marcher le tout ! Mon bateau est un proto, de la structure jusqu’aux batteries au lithium, en passant par le monitorage des analyses et des relevés que je réaliserai en navigation.

v&v.com : Aujourd’hui de plus en plus de navigateurs tentent d’expérimenter des modes de navigation «alternatifs», écologiques et autonomes. Le jeune Français Corentin de Chatelperron, par exemple, est en train de développer la fibre de jute comme matériau de construction et a lui aussi vécu en autonomie pendant six mois dans les îles du Golfe du Bengale. Tu t’intéresses à d’autres projets à certains égards similaires à Eco40 ?
M.M. : Oui, j’aime beaucoup suivre les projets des autres, c’est un moyen de partager la passion et l’enthousiasme qui nous unit. Par exemple, j’ai fréquenté deux Suisses qui ont fait le tour du monde à la voile en neuf ans, en conquérant en même temps les sept sommets les plus hauts du monde, tout cela avec un «impact zéro» : juste des voiles, des vélos et des pieds. Je les avais rencontrés à Sydney en faisant la Sydney-Hobart, ensuite j’ai navigué avec eux jusqu’à Calcutta, puis nous avons fait 1 200 km en vélo jusqu’à Katmandou et enfin marché jusqu’à l’Everest ! Une expérience inoubliable !


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